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     Quelle sensation agréable de sortir d’une salle de cinéma à contrecœur. Peu d’œuvres parviennent à la fois à m’émouvoir autant qu’elles me font réfléchir quant à mon rapport à la salle de cinéma. Everything Everywhere All at Once a rempli cette dure mission auprès de moi, par-delà des aléas propres à l’expérience collective qu’est le visionnage d’un film dans une salle obscure et silencieuse.

     Obscure ? Pas tellement si on prête attention à la lumière d’évacuation qui honore la toile de sa douce lueur verte. Encore moins si notre vision périphérique est distraite par les flash des téléphones de quelques retardataires cherchant désespérément une place ou s’assoir.
     Silencieuse ? Pas vraiment non plus. Des ronflements de l’octogénaire venue chercher un peu de fraicheur, aux bruits de perceuse et de marteau à l’étage de l’établissement, en passant par la chaleureuse mélodie des klaxons provenant de la rue qui jouxte la salle, j’ai en effet connu des environnements plus propices à l’immersion. 
     À une certaine époque, la loi de Murphy aurait conduit la bobine à s’enflammer, provoquant un incendie bien plus bruyant et lumineux que ces petits tracas de spectateur matinal. 
     Heureusement, les 1 et les 0 composant l’image ont anéanti cette possibilité, la remplaçant par quelques bugs d’images suivis par un écran noir de quelques secondes…
     Soyons honnêtes, il n’est pas rare de rencontrer, séparément, ce genre de petits désagréments dans une salle de cinéma. Disons que cela fait partie du folklore. Cependant, si l’on croit au multivers, j’étais probablement dans l’unique version de la réalité qui les cumulait tous ce jour-là. Tous les ingrédients étaient réunis pour gâcher mon plaisir.

     Néanmoins, je dois admettre qu’en dépit de ce spectacle parallèle qui s’offrait à moi, c’est bien celui pour lequel j’étais venu qui a capté toute mon attention. 

     Maintenant, quoi ? Je pourrais parler du film et de ses idées plus que plaisantes et innovantes, de ses chorégraphies martiales soignées, de l’impeccable interprétation de ses acteurs et actrices. Je pourrais disserter sur l’intelligence de sa mise en scène et de son montage. Je pourrais m’exclamer sur la prouesse des Daniels d’avoir réaliser une oeuvre si ambitieuse avec un budget si bas pour ce type de production.
     Mais je ne m’étendrai pas là-dessus, car l’essentiel est ailleurs. 

     Ce qu’il vous faut retenir, c’est que Everything Everywhere All at Once fut un charmant voyage de 2h30, et que je n’avais pas envie de rentrer à la maison. J’aurais accepté plus de ronflements, plus de bugs, plus de coups de marteau, plus de flash et plus de sorties de secours si j’avais eu droit à un peu plus d’émotions, de combats, de claques visuelles, de « raccoontatouille » et de doigts saucisses. 

     Je me demande parfois si tout n’a pas été dit et montré au cinéma. Ce joyeux bordel, organisé comme une chambre d’adolescent, m’a pourtant montré que tout est possible. 

EN BREF

Un divertissement comme on les aime qui a réussi à me faire oublier ce qui aurait pu être la pire séance de cinéma de ma vie. À voir pour sa débauche de trouvailles visuelles et conceptuelles qui m’ont fait voyager.

4.5/5

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